jeudi 4 novembre 2010

Roger POINCELET " Le Professeur " Vie et Mort d'un Seigneur

1921 - 1977

Il était notre ami
A celle qui l'a adulé
A sa famille

Souvenirs émus et affectueux

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WEEK END n° 885--- Novembre 1977

Hommage rendu par René Bertiglia et Michel Bouchet


LA DISPARITION DE ROGER POINCELET, c'est plus que la fin d'une époque, c'est la fin d'un monde. Un autre temps...où la nostalgie elle-même n'est plus ce qu'elle était...Pour l'évoquer, deux de ses amis parlent : René Bertiglia, ce " Berti " avec qui il monta si souvent en course, avec qui la joie éclatait en fêtes qui n'existent plus, et Michel Bouchet qui, lui, a partagé la vie de tous les professionnels de courses, leurs heures glorieuses comme les moments où le creux de la vague touchait au tragique.

Chaque fois qu'une grande vedette disparaît, on entend dire qu'avec elle c'est plus qu'une page que l'on tourne, c'est toute une époque qui s'en va. Au risque de paraître manquer d'imagination, nous sommes au contraire certains que la disparition de Roger Poincelet met un terme à tout un chapitre de la vie des courses en France. Ce chapitre, seuls ceux qui l'ont vécu peuvent en parler, pour les autres ce sera une révélation.

CONVULSIONS INTERNES.....Grand jockey, René Bertiglia a toujours été aux côtés de Roger Poincelet : de leur apprentissage qui débuta à Maisons-Laffite en 1934 chez Charles Bariller jusqu'au moment où Bertiglia cesse de monter en 1960.

Cette époque que Bertiglia évoque avec nostalgie, est celle d'une France en proie à certaines convulsions internes. Mais qu'importe il y a de l'argent qui circule. Charles Bariller entraîne pour tous les grands noms : Dupré, Rothschild, Aga Khan et bien d'autres. Il y a beaucoup de chevaux et beaucoup d'apprentis pour monter et aussi faire les corvées.

A cette époque la vie est dure dans les écuries et les coups pleuvent. Il faut se montrer le plus malin pour passer au travers. A ce jeu, Roger Poincelet, vrai titi parisien, dont il a la gouaille et le culot, se montre souverain. Son copain, René Bertiglia, suit. Ce sera le début d'une longue amitié, parsemée d'algarades qui ne seront jamais définitives.

UN CULOT MONSTRE....Ce cru 1934 sera le meilleur cru " Bariller ". Avant il y avait eu Léon Gaumondy, André Dupuy, André Chéret. Après il y aura Léon Flavien. Comme le fera plus tard Jack Cunnington, Bariller sait imposer ses apprentis et pour ainsi dire en faire des jockeys, et ce, dans deux disciplines, plat et obstacles.

M.Etienne POLLET et Roger POINCELET

Charles Bariller le dira souvent, le plus doué de tous, c'était Poincelet. Pas toujours bon caractère, hargneux, bagarreur, teigneux, il a la classe. Mais il faut le façonner, canaliser sa trop grande fougue, il a un culot monstre.

Un jour de grande épreuve à Auteuil, il en fait la démonstration. Le premier jockey d'obstacles de Bariller est Noël Pelat. Il tombe dans la première course et se casse un poignet. Bariller a un partant dans le Prix du Président de la République, un partant qui a une excellente chance, Klad à Mme du Breil. Et plus de jockey...Qu'à cela ne tienne.... " Le gosse est là " ...Le gosse c'est Roger Poincelet. Un ennui il n'a jamais monté en steeple. Il y a 4.500m à faire, et les obstacles les plus difficiles de la butte Mortemart. Roger Poincelet se met en selle sur Klad. Charles Bariller lui a tout expliqué

- Je ne me souvenais pratiquement de rien, m'a-t-il avoué le jour où il me racontait l'histoire. Mais j'étais bien Bien dans ma peau, bien en selle et en confiance avec mon vieux Klad que j'avais souvent monté à l'entrainement. Je n'avais retenu qu'une chose : Ne le gêne pas, m'avait dit le patron, Klad connaît son métier, va plutôt avec lui ". Et Roger¨Poincelet gagnera le Prix du Président. C'est en 1940. Il y a six ans qu'il est dans le métier. Une monte au pied levé en steeple et une victoire. Cela en dit long sur ses capacités.

L'EXPLOIT UNIQUE RATE DE PEU....Pendant plusieurs années il gagnera dans les deux spécialités et manquera de peu un exploit unique, celui d'être tête de liste en plat et en obstacles la même année....La cravache d'or n'existait pas, mais dix fois Roger Poincelet totalisera le plus grand nombre de victoires dans l'année. Il faudra attendre Yves Saint-Martin pour faire mieux. L'époque de Saint-Martin, la nôtre, n'a rien à voir avec l'épopée Poincelet et consorts.

Ces vedettes venues d'en bas et projetées au firmament croquaient la vie à pleines dents avec une belle insouciance. Leurs coups d'éclat sont légendaires. Pour une grande victoire, on loue un grand restaurant ou une boîte de nuit pour fêter l'évènement avec les " amis ". Des amis, Roger Poincelet en aura : René Bertiglia, Jacques Doyasbère, W.Rae Johnstone; mais il entretiendra une véritable cour de parasites qui le suivront dans tous ses tours de force, et qui, hélas, ne seront pas de bons conseils.

Premier dans son métier, il cherchera à être aussi le premier dans la vie. Un garçon l'éblouira toute sa vie, par son entrgent, sa facilité et une certaine classe, c'est Jacques Doyasbère. Il cherchera à l'imiter mais il lui manquera un petit quelque chose qui fait que le Basque blond restera pour lui un modèle. Ce sera le seul qui ne sera pas victime de ses humeurs !

LE PROFESSEUR.....comme toutes les vedettes, Roger sera sensible à la flatterie...Il aura des moments impossibles et d'autres extraordinaires, explique René Bertiglia. Il y a des jours où l'on ne savait comment le prendre. Mais quand il avait gagné une course il était formidable et savait faire preuve d'une grande gentillesse. En course son comportement sera toujours celui d'un maître, ce qui lui vaudra de la part de ses collègues le surnom de " professeur ". Un professeur avec un comportement quelquefois étonnant, comme l'habitude qu'il avait en rentrant aux balances de se moucher dans ses doigts, comme pour faire la nique à ceux qui l'aplaudissaient.

Pour moi, jockey à ses côtés, il était étonnant assure René Bertiglia, il avait durant le parcours de ses jugements ou de ces affirmations qui m'ont toujours laissé pantois. Le jour du prix de Diane 1948, je montais Cozina à M.Marcel Boussac et Roger Corteira. A l'entrée de la ligne droite Charles Bouillon en selle sur Doria a dix longueurs d'avance. Roger vient à côté de moi et me dit " Je vais aller le chercher et gagner " Et il a réussi !....Quelques années après, en 1952, dans l'Arc de Triomphe, il monte Nuccio et moi Saria à R.B.Strassburger. Avant le petit bois, il se glisse à la corde à mes côtés et me lance : " Je vais gagner de loin ". Il reste plus de 2000m à couvrir...il gagnera

LA BELLE EPOQUE.....Par rapport à la vie des jockeys de maintenant qui vont pratiquement de leur lit à leur voiture....à leur cheval, comme le dit Yves Saint-Martin....la vie de la génération de Poincelet, Bertiglia, Doyasbère, est beaucoup plus détendue. C'est encore la belle époque. La guerre vient de finir et l'on se grise de liberté retrouvée. Les jockeys gagnent de l'argent et le dépensent à la même vitesse. Le meeting de Deauville est pour des ténors assimilé à des vacances à la mer. Hélas il y a un casino et les retours sont parfois épiques. Une fois, il faudra demander de l'argent à un portier pour assurer le retour à Paris. Mais ce ne sont là que des incidents.

Finalement, dit René Bertiglia, nous avons vécu comme des seigneurs. Il n'y avait pas les contingences actuelles, ce qui explique cette facilité, ce genre d'insouciance dont on se plaisait alors à nous taxer. Mais il faut aussi dire que nous avions une rigueur et une exactitude dans le travail qui n'existent plus. Malgré les fêtes, malgré nos bamboches, je n'ai jamais vu Roger arriver en retard pour les galops du matin; et à cette époque on galopait facilement à cinq heures. Il n'aurait d'ailleurs pas fallu être en retard avec un propriétaire comme M.Boussac qui donnait l'exemple en étant le premier sur les pistes. Montant pour les plus grandes casaques, celle de M.Marcel Boussac, de Léon Volterra, de l'Aga Khan, de Pierre Wertheimer, Roger Poincelet a tout gagné, tant en France qu'en Angleterre.

UNE INJUSTICE PROFONDE.....Mais la victoire qui lui est la plus chère à son coeur, est celle qu'il remporta en Angleterre dans King George and Queen Elizabeth Stakes à Ascot avec Vimy


Ce jour-là, m'a-t-il confié. Jai vraiment eu l'impression d'avoir été l'artisan direct de la victoire. C'est moi qui l'ai gagnée. Toute la course j'ai senti que je pourrais, que je devais gagner.

En revanche il en est une dont il parlera toujours avec une certaine amertume: le fameux Jocket-Club de 1950 dont l'arrivée Scratch - Tantième défraiera la chronique. Il n'y a pas de photo officielle sur l'hippodrome des Condés et Amaury de kergerlay, qui officie, affichera premier Scratch, deuxième Tantième. Il est bien placé et son honnêteté ne peut être mise en doute. Mais Roger, qui a calculé son coup, est sûr d'avoir gagné, il le dira un peu trop fort, un peu trop brutalement, ce qui en plus du résultat maintenu, lui vaudra une mise à pied qu'il ressentira toujours comme une injustice profonde.

Quand il s'installera entraîneur, il optera pour Chantilly où la cigale a su se faire fourmi et où il a acheté un établissement. Il a monté trop longtemps pour ne pas savoir comprendre les chevaux et il en tirera la quintessence. Quand M.Marcel Boussac lui confiera l'écurie Djebel il fera bénéficier le jockey de la casaque orange, Gérard Rivases de ses connaissances, et fera de lui l'un des plus élégants jockeys de plat.

On a comparé Roger Poincelet à tous les jockeys d'hier et d'aujourd'hui. Ce n'était sans doute pas très sérieux. Les époques étaient trop différentes, mais il n'en demeure pas moins qu'il a su grandement marquer la sienne.

Loué et admiré comme un dieu, il avait aussi les faiblesses d'un homme et c'est sans doute pour cela que " LE PROFESSEUR " restera si près du coeur des turfistes, du pelousard au propriétaire


Merci au Journal WEEK END ainsi qu' à René Bertiglia et Michel Bouchet

Roger avait fait de son métier de jockey...Un ART...Un bon jockey ne perd pas de courses, il fait gagner les chevaux....Roger avait du génie !!!...il a été le meilleur jockey de l'après-guerre....pour perpétuer sa mémoire, pourquoi ne pas inscrire un " Prix Roger Poincelet "

Le 4 Novembre 1977.... nous l'avons accompagné à sa dernière demeure au Cimetière de Chantilly, nombreux étaient les amis, et représentants de la corporation

Puisse ce blog le rappeler au souvenir de ceux qui l'ont aimé





Repose en paix

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Chantal et Roger

Jean-Jacques, l'un de ses fils


En famille et Jacky Taillard


Fines Cravaches
Bons fusils

A Mivoisin
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Lorsque tout est fini.... çà fait terriblement mal.....



1 commentaire:

  1. Lorsque j'était jeune apprenti chez Mr Jean Laumain à Chantilly ( bien avant l'AFASEC )Roger Poincelet était pour moi une idole sa photo découpée dans le Turf était épinglée sur le mur de ma chambre il était en selle sur Right Royal l'an dernier de passage a Chantilly je suis aller sur sa tombe un moment de grande émotion

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